Sudan Archive

APERÇU HISTORIQUE DE L'EGYPTE 27

égyptienne. On comprend, dès lors, qu'une histoire qui offre une pareille ampleur sOit impossible à renfermer dans les modestes limites d'un guide.

Le moyen-âge commence pour l'Europe au moment où le flot des invasions barbares fit sombrer, avec la chute de Rome, l'empire d'Occident (475 ap. J.-C.) Quelque temps après ( 640 a p. J.-C. ), la conquête musulmane, - qui n'était pas seulement un phénomène religieux et politique, mais aussi un effet des causes d'ordre économique qui déterminèrent le mouvement de tous les peuples asiatiques de l'Ouest vers l'Est, suivant la marche apparente du soleil, -inaugura le moyen-âge

ég-yptien. Ce fut ainsi l'expansion des populations nomades, tout autour du berceau primitif de l'humanité, qui ébranla les vieilles assises de l'Europe méditerranéenne et changea la face du monde. C'est à ce moment, considéré à un siècle près, que com-

mence le moyen-üge pour les peuples vivant autour du bassin de la Méditerranée.

Si dans la civilisation islamique, les Arabes représentent l'art et la science, les Turcs représentent la force et la conquête. Race éminemment guerrière, les Turcs après avoir conquis rapidement la suprématie parmi les peuples musulmans, se sont posés comme champions de l'Islam en face de la Chrétienté occidentale. A quelques années de distance, franchissant le Bosphore et le Sinaï, les Turcs ont marqué l'apogée de la puissance musulmane, et leur entrée dans l'histoire européenne, coïncidant avec la découverte de l'Amérique, l'invention de la poudre et de la presse, la Renaissance et la Réforme, a mis fin, en Europe, au moyen-âge. En Egypte, la domination turque a marqué la disparition complète de la civilisation arabe, qui avait donné au monde de si beaux produits. Désormais c'est, pour l'Egypte, l'enlizement continuel et lent dans un état d'anarchie, qu'on peut, sans hésiter, appeler de la barbarie. C'est cet asservissement de trois siècles sous le joug des Turcs qui a replongé les Egyptiens clans un état arriéré de civilisation, eux les héritiers de ce peuple qui avait brillé d'un si grand éclat sous les Pharaons, sous les Ptolémées et avec les Origènes, les Athanase et les Cyrille. Quoi qu'il en soit, la prise, par les Turcs, de Byzance (1453) et celle elu Caire (1517) marquent pour l'Egypte le commencement de l'époque moderne.

Comme la plupart des nations orientales, l'Egypte a changé deux fois de religion. Sur la première religion des peuples qui habitaient les rives de la Méditer- ranée, religion que nous dénommons improprement païenne, la religion chrétienne s'est superposée en évoluant en conformité de l'esprit des différentes civili&ations, auxquelles elle venait se substituer.

L'Egypte s'est rendue facilement à la religion nouvelle. La caractéristique du peuple égyptien a été de tout temps une grande fixité, aussi bien dans le domaine intellectuel et moral que dans le domaine physique. Si les trois siècles, pendant lesquels l Hellénisme, dans le plein épanouissement de sa perfection, a dominé en Egypte, ont pu créer à Alexandrie et dans. le territoire environnant une civilisation splendide et éphémère, ils n'ont jamais pu acclimater en Egypte la religion classique des dieux de l'Olympe. La religion chrétienne, avec ses mystères, son mysticisme, ses idées de rédemption et de résurrection, offrait une ressemblance plus profonde avec l'ancienne religion égyptienne. Aussi trouva-t-elle facilement des adeptes parmi ces peuples façonnés par des milliers d'années de religion ultra-spiritualiste. L'Egypte devint vite chrétienne et accepta avec un tel enthousiasme les idées nouvelles qu'elle

les porta aussitôt à l'exagération. Conformément au monde de pensées et de sentiments sombres, où leur esprit vivait depuis des milliers d'années, les Egyptiens se firent du christianisme une conception plus austère et plus lugubre que celle d'aucun autre peuple; c'est pourquoi la pénitence se transforma pour la première fois chez eux en ascétisme et claustra les zélateurs dans les cellules des anachorètes. L'Egypte chrétienne connut les persécutions sanglantes et les Coptes, la seule fraction de la population actuelle, qui puisse se réclamer d'une filiation directe avec l'ancienne Egypte, com- mencent à compter leurs années de l'ère des martyrs, sous Dioclétien (303 ap. J.-C.).

Les anciens conquérants de l'Egypte s'étaient contentés de l'assujettir politi- quement et avaient laissé intactes sa population et sa croyance. Il n'en fut pas de même de la conquête musulmane. C'est que, comme nous l'avons expliqué plus

Text produced by OCR — report an error