Sudan Archive

INTRODlîCTlON 7

dans toute cette partie de l'ouest africain que Ton appelait

autrefois le Soudan français. J'ai donc pensé que ce livre

apporterait une utile contribution à la connaissance de ce Soudan français, où notre œuvre de civilisation n'est encore qu'à son aurore.

D'autant plus que, dans les sociétés humaines, nulle œuvre n'est durable qui ne s'appuie sur le passé, et l'in-

térêt que les gouvernements locaux, les corps savants et

les sociétés spéciales qui s'occupent des choses indigènes

apportent, aujourd'hui, à ces sortes de monographies s'ins-

pire, sans nul doute — du moins à certains égards — du

souci de cette loi de continuité au sujet de laquelle Fustel de Coulanges a écrit : «... le passé ne meurt jamais com-

« plètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier,

« mais il le garde toujours en lui. Car, tel qu'il est lui-même

« à chaque époque, il est le produit et le résumé de toutes

« les époques antérieures (i). »

Notre action administrative dans l'Afrique occidentale

française a pris pour devise : « Respect absolu et égal pour

« tous les peuples nos sujets, de leur foi religieuse, de leur

« liberté de culte et de leurs coutumes et traditions, en tant

« qu'elles n'ont rien de contraire aux principes de notre ci-

« vilisation(2;.» L'une des conséquences— peut-être la plus importante — qu'a entraînée la restriction finale de cette

devise, c'est la suppression de Pesclavage; d'autre part, le

chef du Khasso nest plus, maintenant, qu'une manière de

fonctionnaire sous notre direction; le droit de propriété

foncière, tel que nous le conce\ons, a été rendu accessible

à l'indigène sous certaines conditions; la procédure judi-

ciaire a été, par nous, réglementée...: bref, sous notre domination le milieu indigène se transforme. Cependant,

(i) Fustel de Coulanges, la Cité antique (Introdacùon .

(2) Circulaire du 22 septembre 1909 et du 26 décembre igri, in C. Mart>,

les Moiirides d'Amadou Bamba (page 127).

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