INTRODUCTION J
Aussi, je pense que, m()\ennant quelque expérience du
milieu, rien ne vaut comme d'être l'arbitre de maints
débats judiciaires pour voir se révéler, sous ses aspects les
plus caractéristiques, cette àme nègre, pour nous si diffi-
cilement accessible; il n'est certainement pas de moyen
plus sûr de surprendre les secrets de la vie domestique et
sociale, avec un luxe de détails if^noré des plus complai-
sants informateurs; sans compter que l'intérêt, cette clef
de voûte des relations humaines, s'v révèle sous les formes
les plus inattendues; en un mot, à écouter les plaideurs et
à savoir provoquer leurs confidences, l'on assiste, par là même, à la vie indigène telle qu'elle est.
C'est de cette manière que j'ai pratiqué deux années du-
rant pour étudier les coutumes du Khasso en particu-
lier, mais je n'ai pas la prétention déposséder ces coutumes dans leur intégralité. La coutume, quelle qu'elle soit, n'est
pas une; elle ditïère, ici et là; chaque famille importante a
ses traditions qui, au point de vue juridique par exemple, forment autant de coutumes spéciales.
C'est qu'en effet, dans ces pays, l'unité sociale c'est la
famille : le village, le canton, la province, l'état, sont autant
de fédérations de familles commandées chacune par une
famille et, dans toute fédération de ce genre, chaque élé- ment (c'est-à-dire chaque famille) demeure indépendant, ou
presque, dans la mesure où il ne porte pas atteinte au lien
fédéral. Il n'y a pas de nationalités : Khassonké, Soninké,
Malinké... ne sont que des noms de clans; et ces clans ayant été formés d'éléments ethniquement très divers, leurs
noms ne peuvent désigner des races homogènes, mais seulement des individus qui ont été soumis, plus ou moins longtemps, au même joug politique. C'est pourquoi l'his-
toire se réduit au récit des faits et gestes de telle ou telle
famille exerçant ou ayant exercé le commandement.
Dans le clan, chaque élément constitutif conserve en
principe son langage propre, mais les nécessités de la vie