AVANT-PROPOS. 5
vingt mille hommes; une population civile de dix à douze
mille Chrétiens Soudanais et de trente mille Egyptiens
était liée à leur sort. Les milliers de chameaux et les cen-
taines de bateaux nécessaires à l'émigration de ce peuple
à travers les mille kilomètres qui séparent Khartoum de
Koresko étaient-ils prêts? Pouvait-on les trouver? —
Gomment franchir Thorrible désert de Nubie et com-
ment résoudre cette question vitale : l'eau pendant la
traversée du désert? Devait-on préférer la route de Don-
gola à celle de Souakim? — Où prendre les millions
nécessaires à cette grande œuvre?
Graves problèmes ! — Maintenant ils ne dépendent
plus que de l'histoire. Elle les résoudra en prononçant les
responsabilités définitives.
Quoi qu'il en soit, Gordon connut et accepta la mis-
sion que lui confiaient l'Angleterre et l'Egypte; on ne
peut en douter. Avant de débarquer à Alexandrie, à bord
du Tanjore, il écrivait :
<( Les Ministres de la Reine, je l'ai bien compris, sont
arrivés à la conclusion irrévocable qu'ils ne peuvent
accepter l'onéreux honneur d'assurer une administration
juste et équitable aux peuples du Soudan. Par une consé-
quence logique, ils ont décidé de rendre ces peuples à
l'indépendance et de ne plus souffrir que le Gouverne-
ment Egyptien se mêle de leurs affaires. Les Ministres
de la Reine m'envoient donc au Soudan pour négocier
l'évacuation de ce pays et le départ de tous les soldats ou
employés Egyptiens. »