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512 LES F1NACES DE l’ÉGYPTE ET DU SOUDAN de frein. Que, par une catastrophe quelconque, l’occupation anglaise cesse; que même, par des combinaisons diploma¬ tiques qui paraissent peu vraisemblables à l’heure actuelle, — mais qui sait les surprises que l’histoire nous réserve ? — la suzeraineté turque, aujourd’hui nominale, redevienne effec¬ tive demain : de quelle façon les puissances européennes s’y prendraient-elles alors pour recréer une Caisse de la Dette, dont la nécessité éclaterait à tous les yeux, mais que le Sultan se refuserait à accepter? D’un autre côté, on ne saurait non plus considérer que le pays est mûr pour se gouverner lui-même : certes, les progrès sont notables; entre le fellah peinant sous la courbache et s’épuisant, sans y réussir toujours, à gagner de quoi payer les impôts qui l’éci’asaient, et le paysan d’au¬ jourd’hui qui est devenu propriétaire, qui, grâce aux sommes que lui avancent, à des taux raisonnables, le Crédit Foncier et la Banque Agricole, achète, chaque jour, des lopins de terre à l’instar d’un laboureur de l’Ile-de-France, il est un abîme. Encore quelques générations, et il se trouvera, dans cette population de la vallée du Nil, des éléments précieux pour re¬ cruter des conseillers financiers et des administrateurs indi¬ gènes. Mais aussi longtemps que subsistera la Dette égyp¬ tienne, la Caisse sera indispensable et prêtera l’appui de son expérience, de son autorité, et par-dessus tout, de ses règles tutélaires aux futurs budgets. Il y aurait une imprudence su¬ prême à y porter la moindre atteinte. Tous les vrais amis de l’Egypte doivent unir leurs efforts pour s’opposer à une pa¬ reille tentative. Si, dans le fonctionnement actuel, quelques perfectionnements peuvent être apportés, si, par exemple, on peut trouver, dans l’application à des dépenses productives du fonds des économies, une satisfaction à fournir à ceux qui ne veulent pas voir les réserves grossir, il n’y a pas à songer à mettre en question l’existence de cet organe de protection.
Nous sommes les derniers à conseiller à notre gouverne¬ ment une politique de coups d’épingle vis-à-vis de la grande nation avec laquelle des rapports de cordial voisinage viennent d’être heureusement rétablis. Nous aurions pu et dû, en 18S2, coopérer avec elle à la répression de l’insurrection d’Arabi et à la restauration de l’ordre politique en Egypte : naus ne 1 avons pas fait. La timidité des hommes d’Etat qui prési¬ daient alors à nos destinées, peut nous laisser d’amers ragrets;