Facsimile · p. 238
2l0 MONOGRAPHIE DES KHASSONKÉ voisinage, d'elle-même ou contrainte, la femme enceinte doit manger un morceau de la chair de ce fauve ; avec la peau, les gritfes, les dents, l'on confectionne des talismans que la femme doit porter sur ses flancs, afin que le garçon qui naîtra d'elle soit fort et courageux. La croyance que le fœtus est extrêmement sensible aux influences extérieures est la cause de maintes pratiques qui, sous forme d'interdits, régissent la vie de la femme durant le temps de la gestation. Ainsi, il lui est interdit de prendre le deuil, d'assister à des funérailles, de prendre part, en quoi que ce soit, à tout ce qui concerne la mort; il lui est interdit de se mêler aux attroupements, afin d'éviter l'influence maléfique de talismans portés par les gens et qui pourraient nuire à son enfant.
La durée de la gestation est, pour l'indigène, absolument indéterminée; d'aucuns affirment gravement qu'elle peut être de plusieurs années ; la preuve, disent-ils, est que des enfants naissent avec des dents et une conformation très avancée.
D'autre part, il est admis que la fécondation peut ne pas être l'œuvre de l'homme ; l'on en donne pour preuve les enfants mal conformés ou diff"ormes, ils ne sont ainsi, afiirme-t-on, que par le fait des esprits. Qu'une femme commette l'imprudence de passer la nuit à la belle étoile, pour éviter la chaleur intolérable de la case, et elle risque d'être victime des esprits qui, toujours, errent la nuit : fun d'eux, se transformant en un vent subtil, s'introduira dans son corps et, dès lors, il la possède, elle est sa femme, c'est désormais une incube. C'est par ce raisonnement que l'on explique comment il arrive que les enfants de certaines femmes viennent au monde sous forme animale ; comment certaines femmes causent la mort de tous les hommes qui les épousent: l'esprit qui les possède n'admettant pas le partage avec un humain ; comment, encore, certaines femmes, poursui\ies par un