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LA VIE MATÉRIELLE ET MOKALE l3l hautes eaux. L'on convient quelquefois, pas toujours, du muddu qui servira au mesurage du grain, mais ce muddu (auquel on fait des entailles pour le reconnaître) demeure aux mains du traitant qui ne se fait pas faute de lui en substituer un autre portant les mêmes entailles mais de contenance plus grande. Lors de la livraison, l'indigène voit de diverses façons sa dette considérablement augmentée, il regimbe, récrimine, se fâche ; le traitant tientbon ; chacun tire de son côté, mais des médiateurs s'interposent : le traitant consentira une nouvelle avance sur la récolte de l'année prochaine, il prêtera pour divers besoins impérieux du client. Bref, après s'être bien chamaillés, ils sont d'accord.

L'indigène, mécontent, se promet au fond de lui-même de se rattraper à la manière du traitant et, quand l'occasion s'en présente, il n'v manque pas. La mauvaise foi est ainsi à la base des transactions.

Est-ce à dire que tout commerce honnête est banni de ces régions ? Ce n'est point ce que nous avons voulu montrer, nous avons simplement suivi, jusqu'à leurs consé-quences actuelles, les pratiques engendrées par la traite, afin de mettre en évidence la répercussion qu'elles ont eues sur le milieu indigène que nous étudions ici. Car, et c'est là un nouvel aspect de la question, la traite a eu pour premiers et exclusifs agents les « habitants », c'est-à-Jire les « gens de couleur » de Saint-Louis, mais depuis que le commerce est libre, il y a des traitants de toutes races.

Les Khassonk-é ont, à Médine, beaucoup fréquenté les traitants. Us ont été leurs clients, ils sont aussi entrés à leur service comme domestiques et comme auxiliaires traitants; d'aucuns sont même devenus traitants à leur tour, soit à Médine même, soit, plus souvent, dans des opérations nouselles vers le Dyafounou et le Kingui, notamment.

Et les pratiques plus haut signalées se sont par là directement introduites dans le milieu indigène.

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